Biographie (C. Goémé)

Dominique a publié des Mémoires, mais elle a laissé aussi toutes sortes de documents, (journal, lettres, photos, et autres papiers…) qui viennent confirmer ou contredire ce qu’elle racontait….
Certaines de ces révélations sont particulièrement troublantes, mais surtout, émouvantes…
« Dominique a bien le droit d’avoir des secrets » me dit-on … C’est absolument vrai…
Mais je réponds à cela plusieurs choses : la première, c’est qu’elle ne m’a jamais demandé de me taire ou de cacher quoique ce soit ; et qu’elle a tout gardé (papiers courriers, photos... . Je continue, pour ma part à me fier à son récit tout autant qu’à son histoire « véridique ». Bref : la réalité se hisse, une fois encore, à la hauteur de la fiction….et la dépasse, en effet. La réalité est ici d’un romanesque absolu…
Dominique a le droit d’avoir eu PLUSIEURS vies.
D’autre part, ce qu’elle n’a pas dit n’est pas un « secret honteux« qu’on irait « dévoiler » (mais douloureux certainement)
Et puis, l’Association d’Amis, qu’elle a voulu (elle en a inscrit le désir dans son testament), elle l’a voulu pour que « la jeunesse » puisse s’emparer de leurs œuvres ... la sienne et celle de Jean-Toussaint Desanti
Pourquoi cacher à ceux qui un jour travailleront sur les Desanti, une part de la vie qui éclaire tout aussi bien leurs écrits et leurs combats que toutes les vies romancées ?
Pourquoi ne prendre et ne retenir qu’une partie d’elle-même ?
Cela ne ferait que freiner des travaux….Alors même que tout est DEJA public si l’on veut bien – tout simplement- s’informer.
C.G.

Les vies romanesques de Dominique Desanti

Dominique Desanti, est une écrivaine française, journaliste, essayiste, historienne, biographe et romancière, née le 31 août 1914 à Moscou. Elle est morte à Paris le 8 avril 2011.

Son nom de naissance est Anne Persky : elle est la fille de Jacques Persky, né le 18 janvier 1880 à Volozhin, - aujourd’hui en Biélorussie- qui fut un des centres palpitants du Yiddishland avec Vilnius. Il était avocat au barreau de Moscou. Sa mère, IrèneSyrkin, née le 19 décembre 1890à Bielsk – aujourd’hui en Pologne, près de Varsovie -, était la fille de Salomon Syrkin et d’Hélène Chasberg.
Dominique Desanti sera une des représentantes du Parti Communiste Français en Pologne, pays avec lequel elle entretint, comme militante communiste, des liens particuliers : elle parlait Polonais…la langue de sa mère.
La famille (le père, la mère et la fillette) quitte la Russie en 1918 pour vivre pendant un an à Varsovie. En 1919, ils s’installent à Berlin, au 11,Dalmann Strasse ... Et en 1924, ils arrivent à Paris.
Sans doute ont-ils conservé une belle partie de leur fortune, car leur appartement est situé dans un des très beaux immeubles parisiens au n° 34 de la rue Laugier dans le XVIIeme. La jeune Anne Persky, qui a alors dix ans, va à l’école « La Bruyère » au 3, rue Marcel Renault. Puis elle finira ses études secondaires et passera son BAC au Lycée Molière, l’un des grands lycées de Jeunes-Filles de Paris. Dès 1931, la famille avait déménagé pour habiter dans un immeuble tout neuf, bâti par la Société générale, 102, avenue Kleber à Paris, dans le XVIeme arrondissement. Les Persky occupent un appartement de quatre pièces, sur cour, où son père établit son bureau de conseiller juridique (fonction qu’il occupera jusqu’en 1939).

La jeune Anne Persky affirme dès sa jeunesse un tempérament indépendant et curieux de tout. A l’âge de 17 ans, elle rédige un journal dans lequel elle affirme son désir de devenir écrivain. Très douée pour les langues, outre le Russe, elle parlait couramment
L’Allemand, le Polonais,le Français (que sa mère maîtrisait mal, ce que la jeune Annecritiquait)
J’ajoute que ses parents parlaient sans doute entre eux et avec elle, le Yiddish…
Elle apprendra aussi l’Anglais ce qui lui permit d’enseigner longtemps aux Etats-Unis...

Après son baccalauréat, Anne Perskyprépara une licence en Droit …
En 1937, elle se lie avec les jeunes normaliens de la rue d’Ulm. Le 21 décembre 1937, elle épouse Jean-Toussaint Desanti (né à Ajaccio, le 8 octobre 1914), brillant philosophe d’origine corse, aussi indépendant et atypique qu’elle. C’est à ce moment qu’elle devient Française par son mariage……Le jeune couple vit d’abord chez les parents d’Anne, puis loue jusqu’en 1942 une chambre au 7 rue Campagne Première(VIe ardt)... chez madame Chauffard
A l’époque de son mariage, Anne Desanti travaille pour une compagnie d’Assurance « la Préservatrice », puis gagne sa vie comme traductrice pour Payot, Gallimard et Albatros.

Après la débâcle, leur groupe d’amis (Simone Debout, Jean Pouillon et bien d’autres) publie à Paris un tract périodique « Sous la Botte », qui fusionne en avril 1941 avec la revue clandestine « Socialisme et liberté », publiée par des philosophes reconnus (Merleau-Ponty, Sartre).
Entre temps, fuyant le nazisme, ses parents se sont réfugiés dans le Sud notamment à Nice où ils retrouvent leurs très nombreux compatriotes. Ils se sont installés au grand Hôtel Westminster. On a une correspondance très cordiale entre « Cotique » (qui veut dire « chaton » en Russe) et ses parents, « l’Eléphant » et « Jessica »…

Installés à Clermont-Ferrand à proximité (et à distance) de Vichy, où Jean-Toussaint a été nommé professeur en 1942, ils s’engagent l’un et l’autre dans la résistance d’obédience communiste. Elle collabore à cette époque « au Patriote » et fonde le journal « La Nation », organe du Comité local du Parti, deux quotidiens dont elle devient la rédactrice en chef à la libération de Clermont… C’est dans ces journaux qu’elle signe pour la première fois « Dom.Inique » qui deviendra le prénom Dominique……
En tant que Membre du Comité de Libération, elle fut désignée pour siéger à « l’Assemblée Consultative » en 1944.

Le 6 juin 1944, jour du débarquement, ses parents, Jacques et Irène Persky, qui vivaient à l’Hôtel Moderne à Espalion, sont dénoncés comme « juifs » et arrêtés par la Gendarmerie française, ainsi que Rose et Félix Loeb et Suzanne d'Aramon .Ils sont transférés en car à Toulouse, puis déportés à Drancy, où on les retrouve internés le 25 juin.Des cinq, la seule à échapper à la mort sera Suzanne Stern, fille du banquier Edgard Stern et de Marguerite Fould, épouse du comte Bertrand de Sauvan d'Aramon, député de Paris de 1928 à 1940, qui vota les pleins pouvoirs à Pétain.
Les époux Persky et Loeb quittent Drancy le 30 juin 1944 par le convoi n° 76 (l'avant dernier convoi). Ils sont exterminés le 5 juillet 1944 au camp d’Auschwitz-Birkenau.
Les dénonciateurs furent jugés et condamnés après la Libération.

En 1945, Anne Desantiou déjà ( ?) Dominiquecollabore aux journaux du Parti « Front National », « Résistance », et la « Voix de Paris »…Elle écrira ensuite pour « Libération », « La Tribune des Nations » et bien entendu pour l’Humanité » et « Les Lettres françaises », mais aussi pour les journaux féminins du Parti comme par exemple « Femmes françaises »
En 1945 elle est envoyée en Pologne comme correspondante de Guerre.
C’est à cette époque qu’elle fut rémunérée par la République Populaire de Pologne via la Banque Polskakasaopiecki (23, rue Taitbout dans le 9ème). Ses liens avec la Pologne étaient tels qu’elle donna une causerie sur la Pologne à la Radiodiffusion française en janvier 1948.
En 1948 Dominique reçoit l’avis officiel dela mort de ses parents à Auschwitz. Ni elle, ni Jean-Toussaint ne purent l’ignorer.
On connait la suite : elle mène pour la presse communiste de grandes enquêtes en Allemagne, dans les démocraties populaires, puis sur le mouvement de la paix. En 1956,
ils habitaient déjà rue du Bac, depuis plusieurs années……
1956 marque un tournant fort dans sa vie. Après l’écrasement du soulèvement de Budapest, elle quitte avec fracas le Parti communiste français, tandis que Jean-Toussaint y reste jusqu’en 1962. Quittant la presse communiste, elle doit réorienter sa carrière de journaliste, mais reste fidèle à son engagement à gauche.
Son livre « Les Staliniens » (paru en 1974) donne les clefs de son engagement au Parti … Détentrice d’une carte de presse jusqu’en 1978, Dominique fut une journaliste engagée dans tous les combats de son temps pour la liberté (anticolonialisme, féminisme....). Elle publie parallèlement sous le pseudonyme de Camille Destouches deux biographies historiques La lumière bleue, vie de Marie Curie, et la passion deMarie d’Agout, ainsi qu’un roman (Michel le Sombre). En 1960, sous le nom de Dominique Desanti, elle publie un nouveau roman Les Grands sentiments, en 1968 une troisième biographie de femme, La banquière des années folles, Marthe Hanau, et en 1970 un premier essai historique sur L’Internationale communiste, qui fut suivi par cinq autres volumes.
Ayant soutenu un doctorat sur travaux, elle suspend son activité de journaliste en 1978 pour partir régulièrement enseigner aux Etats-Unis- où elle enseigne l’histoire des mouvements féministes du 19ème et 20ème siècle- tout en poursuivant sa carrière d’écrivain, romancière et essayiste.
A 17 ans dans son Journal, la jeune Anne Persky esquissait déjà un premier roman. Tout au long de sa vie elle resta attachée à ce rêve de jeunesse. Ses romans reflètent son parcours et ses curiosités multiples : après deux romans réalistes-socialistes (Visages de partout, A bras le corps), huit romans explorent des thèmes très divers – l’un romance sa jeunesse (Les années passions), un autre touche à la psychanalyste (Un métier de chien), le dernier est publié en 2002 (Les sorcières sont des miroirs). Parallèlement, sa biographie de Marie Curie inaugure une série de seize biographies qu’elle nommait « roman-vrai » (Flora Tristan, femme révoltée 1972 ; Sonia Delaunay, 1988 ; Elsa-Aragon, le couple ambigu, 1994 ; Robert Desnos, le roman d’une vie, 1999, etc).
Elle voulut aussi se faire biographe d’elle-même. Ce que le siècle m’a dit, qu’elle publie en 1997, est sous-titré, Mémoires. Nous mesurons mieux aujourd’hui, ce qu’elle a voulu recomposer, peut-être en s’inspirant du « roman-vrai » de sa jeunesse que sont les Années passions, pour revenir sur l’histoire de sa vie qui tient en partie à la force et aux pouvoirs de son imagination, vie qu’elle voulait, en romancière, faire échapper à la banalité et aux habitudes du quotidien.
Les Desanti vécurent leur amour de façon «sartrienne », c’est à dire en s’autorisant des amours hors mariage et sans se cacher. Ils racontent leurs expériences de vie dans La liberté nous aime encore, (publié chez Odile Jacob en 2001).Femme intelligente et généreuse, Dominique Desanti a gardé jusqu’à la mort son caractère bien affirmé, son attention délicate à l’autre et sa curiosité en éveil …
Et puis …

Le 31 janvier 1997 un arrêté du ministre des anciens combattants et victimes de guerre décide d'apposer la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès de plus de 600 déportés dont les deux parents de Dominique. Leur noms sont également inscrits au mémorial de la Shoah à Paris et au mémorial de YadVashem. Le 5 juin de cette année 2014 a été apposée sur le fronton de la mairie d'Espalion en présence de Beate Klarsfeld et de la préfète de l'Aveyron une plaque rappelant les victimes juives des rafles nazies à Espalion : les noms des deux parents de Dominique y sont gravés.
Dominique et son époux choisirent donc de « réaménager », ou plutôt de « romancer-vrai » la première partie de la vie d’Anne Persky. Elle raconte dans ses passionnantes mémoires, Ce que le Siècle m’a dit, paru chez Plon en 1997 (rééditées sous une version raccourcie en livre de poche Hachette), qu’elle avait été élevée par son père seul, lequel aurait été fusillé à Compiègne : elle occultait ainsi l’indicible horreur de la mort de ses parents. Les quelques premières pages de ses Mémoires –et uniquement celle concernant son enfance et ses parents- sont donc à relire à la lumière des faits établis.

On peut trouver sur le site de l’Association « Les amis de Dominique et Jean-Toussaint Desanti »une bibliographie de ses œuvres, ainsi que divers documents, dont une édition de son journal de 1931-1932.

Christine Goémé

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